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Centres d’accès à la technologie – Document de discussion

Sommaire

Les entreprises canadiennes, en particulier les petites et moyennes entreprises (PME), font face à de nouveaux défis de taille – les marchés bien établis se contractent, et de nouveaux concurrents internationaux puissants se manifestent. Dans ce contexte, nombre d’entreprises sont à la recherche d’approches, de marchés et de produits nouveaux pour leurs processus opérationnels. Les établissements postsecondaires canadiens actifs en recherche possèdent une foule de capacités techniques qui peuvent aider les entreprises à s’ajuster et à adapter leurs produits et leurs procédés – en innovant pour trouver de nouvelles façons de soutenir la concurrence. Des approches nouvelles s’imposent pour mobiliser ces capacités de pointe afin d’aider les entreprises canadiennes à innover.

Les centres d’accès à la technologie (CAT) seront des installations modestes affiliées à un collège ou parfois à une université, qui appuieront l’innovation dans un secteur d’intervention important pour les entreprises (locales). Grâce aux subventions d’établissement de centres d’accès à la technologie (ECAT), l’équipe de direction (le gestionnaire, le responsable du marketing et l’administrateur) de chaque centre pourra mettre à profit les capacités techniques (des étudiants, des chercheurs, des professeurs et de certains appareils) au sein de leur établissement affilié. Les CAT aideront les entreprises à innover en leur fournissant des services techniques, notamment des analyses ou des essais techniques spécialisés, des projets de développement technologique, des conseils sur certains problèmes particuliers et l’aiguillage vers d’autres capacités. L’approche des CAT s’inspire d’un réseau qui a fait ses preuves au Québec.

Les CAT disposeront généralement de 10 à 50 personnes, soit le personnel de base, des employés contractuels, des étudiants et des professeurs, selon le niveau d’appui des entreprises. En qualité d’organismes distincts tirant parti des capacités de leur établissement d’accueil, les CAT pourront satisfaire aux besoins des entreprises en tenant compte de leurs réalités, soit en intervenant rapidement, en assurant la sécurité de l’information et en se concentrant sur les problèmes propres aux entreprises. Les CAT permettront aux étudiants participants d’acquérir une précieuse expérience et de se familiariser avec les problèmes et les approches propres aux entreprises. De plus, ils permettront aux professeurs d’acquérir une expérience pratique de nature à enrichir leur programme d’enseignement et à orienter leurs recherches ultérieures.

Le réseau proposé, regroupant 200 CAT qui stimulera l’innovation à l’échelle locale, est essentiel pour aider les PME canadiennes à connaître du succès grâce à des approches et à des produits nouveaux. Un budget annuel de 90 millions de dollars (5e année) est nécessaire pour assurer le financement de base de ces 200 centres.

Au cours de ses consultations portant sur la Stratégie en matière de partenariats et d’innovation, le CRSNG a constaté la nécessité d’établir ces centres. Les administrations publiques et organismes partenaires peuvent aider à définir les secteurs d’intervention des centres nécessaires dans leur province ou leur région et pourraient alléger la charge de travail des professeurs et financer l’infrastructure.

Introduction1

Dans une économie innovante, la réussite exige un puissant tissu d’innovation qui permet aux entreprises de valoriser les idées, en partie en mettant à profit le talent, les capacités et l’expertise des établissements postsecondaires publics (c.-à-d. les collèges et les universités) actifs en recherche.

Le Canada possède une grande diversité de régions et d’économies et est tributaire des PME. En outre, l’économie canadienne est fortement tributaire de l’extraction et de la transformation des ressources naturelles. Cependant, la situation actuelle suscite une vive inquiétude, car un plus grand nombre de concurrents internationaux fournissent des ressources naturelles et des produits manufacturés sur des marchés auparavant dominés par le Canada. Cette situation incite un nombre croissant d’entreprises à rechercher des marchés, des produits et des procédés nouveaux pour devancer la concurrence. De plus en plus, les entreprises s’efforcent d’innover grâce à la technologie.

Le Canada se classe au deuxième rang mondial pour la proportion des dépenses de recherche et développement (R et D) dans le secteur de l’enseignement postsecondaire (en particulier les universités)2. Il s’agit principalement de fonds publics provenant en grande partie des organismes subventionnaires fédéraux. Par conséquent, une cinquantaine d’universités canadiennes contribuent grandement au savoir scientifique et technique. Les collèges canadiens, qui sont d’excellents établissements pour former des diplômés dans des disciplines pratiques, souhaitent de plus en plus faire de la recherche appliquée en collaboration avec des entreprises. Ces établissements possèdent des capacités techniques exceptionnelles qui présentent un intérêt pour les entreprises innovantes. Au Canada et dans le reste du monde, les établissements postsecondaires sont structurés de manière à former les diplômés dans un horizon qui se mesure en années; ils constituent un forum où l’on encourage un échange ouvert d’idées et où le succès des chercheurs repose généralement sur la création de connaissances nouvelles (potentiellement perturbatrices). Le plus souvent, il faut attendre de nombreuses années avant qu’une partie de ces connaissances (en même temps que d’autres résultats de la recherche) soient appliquées au profit de la société.

Les grandes entreprises au Canada, qui effectuent la grande majorité de la R et D dans le secteur privé, tirent parti de ces capacités du secteur public – en effet, à l’échelle mondiale, les universités canadiennes reçoivent du secteur public la plus grande proportion du financement de la R et D menée dans le secteur privé. Ces entreprises ont les ressources et la patience voulues pour établir des relations avec différents groupes de recherche universitaires, conclure des ententes de collaboration et, qui plus est, définir et financer à long terme des projets de recherche préconcurrentielle qui mettent à profit les points forts des établissements postsecondaires. À l’heure actuelle, on compte peut-être 3 000 entreprises qui mènent de la R et D en collaboration avec les universités et 3 500 autres qui collaborent avec les collèges et les écoles polytechniques.

Au Canada, la grande majorité des 20 000 entreprises actives en R et D ne collaborent pas directement avec les universités ou les collèges. Il s’agit le plus souvent de petites entreprises (moins de 50 employés) qui consacrent en moyenne moins de 250 000 $ par année à la R et D. Ces entreprises mettent généralement en œuvre des projets d’innovation visant à apporter des améliorations graduelles aux produits ou procédés existants, dont le délai d’exécution se compte en semaines et qui sont exploitées sur une base commerciale (au lieu de faire l’objet de publications). Une proportion appréciable de ces entreprises font de la recherche de façon occasionnelle, si bien qu’elles n’ont probablement pas de personnel de R et D à temps plein (par exemple, environ 50 % d’entre elles font de la recherche pendant un ou deux ans sur une période de sept ans, et seulement 10 % en font sur une base continue3). En s’efforçant de s’adapter au marché, les PME ne cherchent pas à établir des relations à long terme en recherche; elles n’ont ni les moyens financiers ni l’expertise nécessaires pour négocier des ententes de collaborations dans le cadre de projets et elles peuvent rarement se permettre de mener des travaux de recherche à long terme. Ces entreprises s’attendent généralement à obtenir un rendement sur leurs investissements dans leurs projets d’innovation dans un délai de 12 à 18 mois. Les structures et les approches universitaires ne répondent guère aux besoins de ce type d’entreprises en matière d’innovation. La satisfaction des besoins des PME représente une très bonne occasion d’améliorer le rendement du Canada à cet égard – pour les PME, les capacités techniques et l’expertise de nos établissements postsecondaires peuvent s’avérer un précieux complément aux capacités à leur disposition sur le marché.

Si l’innovation repose sur une utilisation à risque élevé des ressources d’une entreprise, les collaborations visant à faire progresser une innovation représentent un investissement de temps et de ressources qui comporte un risque encore plus grand. Les entreprises doivent faire confiance à leurs partenaires – elles établissent plus facilement des liens de confiance avec des organismes locaux qui parlent le langage de leurs clients et qui peuvent s’adapter à leurs besoins.

Les entreprises qui mettent au point une technologie ou innovent ont besoin de toute une gamme de capacités techniques, administratives et financières au cours du processus d’innovation. Au fil de l’évolution des projets d’innovation, on découvre souvent de nouvelles exigences techniques. C’est pourquoi les entreprises doivent avoir facilement accès à l’expertise, aux ressources et aux capacités qui leur font défaut.

Sources d’appui existantes à l’innovation dans le secteur privé

Dans une grappe économique bien établie, les entreprises offrent toute une gamme de services techniques et administratifs (par exemple, de l’élaboration des contrats à l’appui de personnel spécialisé). Les sources locales de capital de risque sont essentielles pour les grappes qui font valoir des idées potentiellement perturbatrices pour lesquelles elles ne disposent ni de liquidités et ni de financement bancaire. On constate souvent dans les différentes régions du Canada des grappes naissantes qui n’ont pas l’infrastructure, les ressources ni les capacités voulues pour appuyer efficacement l’innovation dans le secteur privé.

Le secteur public propose aux PME canadiennes un éventail de mécanismes d’appui à l’innovation. Les administrations provinciales prennent souvent le leadership en créant et en appuyant des politiques pour stimuler leurs régions économiques. Les organismes de développement économique régional, comme Diversification de l’économie de l’Ouest Canada (DEO) et l’Agence de promotion économique du Canada atlantique (APECA), fournissent souvent une partie du financement à l’appui des projets d’innovation. Par ailleurs, le Programme d’aide à la recherche industrielle du Conseil national de recherches Canada (PARI-CNRC)4 et ses conseillers en technologie industrielle donnent des conseils, aiguillent les entreprises vers d’autres ressources et fournissent un investissement financier pour les projets de R et D. Le programme de crédit d’impôt à la recherche scientifique et au développement expérimental (RS-DE) constitue une source de financement vitale pour de nombreuses petites entreprises très actives en recherche.  

Les établissements postsecondaires canadiens actifs en recherche possèdent des capacités techniques très intéressantes qui peuvent servir de complément à l’aide financière et administrative offerte aux entreprises locales par les organismes de développement économique régional, le crédit d’impôt à la RS-DE et le PARI-CNRC. Toutefois, les caractéristiques propres aux universités (de longs cycles de formation, la culture de mise en commun de l’information et la motivation à créer du savoir) limitent l’accès des entreprises à ces capacités techniques spécialisées de grande valeur. Le Canada a besoin d’organismes qui peuvent mettre à profit les capacités des établissements postsecondaires, notamment leur expertise et leurs autres ressources, pour répondre aux besoins des entreprises en matière d’innovation. Les pays concentrent de plus en plus leurs efforts sur l’infrastructure de recherche et d’innovation pour aider leurs entreprises à soutenir la concurrence sur la scène mondiale.

Occasion d’établir des CAT

Compte tenu des lacunes importantes au chapitre de l’aide à l’innovation à la disposition des PME, le CRSNG prévoit établir un réseau de CAT. Ces installations modestes dotées d’un personnel de base financé par une subvention d’ECAT bénéficieront d’installations matérielles associées à leur établissement postsecondaire d’accueil (et seront généralement situées sur leur campus) et mettront à contribution les étudiants et les professeurs de l’établissement.

Ces centres :

  • concentreront leurs efforts sur un secteur d’intervention important pour les entreprises régionales;
  • fourniront des services techniques (des essais et des appareils) aux clients, généralement en tirant parti des capacités au sein du collège ou de leurs propres installations;
  • mettront en œuvre en collaboration avec les clients des projets d’innovation auxquels participent des employés et des étudiants de l’établissement d’accueil; 
  • donneront des conseils techniques et administratifs à l’appui des projets d’innovation et de technologie des clients;
  • mettront les PME en contact avec des organismes propres à leur proposer des solutions (aiguillage);
  • fonctionneront selon le principe de recouvrement des coûts;
  • serviront de plaque tournante pour l’aide à l’innovation technologique dans leur région;
  • exerceront leurs activités dans le cadre d’un réseau de centres similaires répartis à la grandeur du pays.

Les CAT assureront aussi la liaison avec d’autres sources d’aide à l’innovation (le PARI-CNRC, des agents de développement économique, d’autres établissements postsecondaires, des instituts du CNRC et des centres d’excellence en recherche et en commercialisation [CECR]). Il s’agit d’un excellent endroit pour loger le bureau des conseillers en technologie industrielle du PARI. Le CRSNG a un rôle à jouer dans la mise sur pied des CAT, mais d’autres organismes gouvernementaux ont aussi un rôle essentiel (consultez ci-après la rubrique Un partenariat axé sur la collaboration).

Retombées

Le secteur des entreprises ciblé et l’établissement d’accueil bénéficieront des retombées des CAT.

Pour les entreprises d’une région, les CAT offriront :

  • des services techniques spécialisés, une aide à la recherche appliquée et des conseils bien adaptés;
  • un premier point de contact pour les conseils et le réseautage touchant les questions technologiques (particulièrement efficace si le bureau du conseiller en technologie industrielle du PARI est situé au même endroit que le CAT);
  • des capacités techniques concentrées dans les domaines importants pour la région.

Le succès des premières expériences des CAT encourageront les entreprises à devenir encore plus prospères en innovant.

Parmi les retombées typiques d’un CAT sur l’établissement d’accueil, mentionnons notamment :

  • l’accès à un excellent milieu de formation pour les étudiants;
  • un outil pratique aidant les professeurs et les chercheurs à bien comprendre les enjeux concernant les entreprises;
  • un portail pour l’échange d’information sur les processus de développement technologique et d’innovation permanents au sein des entreprises;
  • un point de contact centralisé pour les PME qui souhaitent avoir accès aux capacités des établissements postsecondaires;
  • une présence visible mettant en relief l’importance de l’établissement en qualité d’élément essentiel du système d’innovation de la région.

Les CAT mettront à profit et feront valoir les excellentes capacités à leur disposition au sein des établissements postsecondaires canadiens.

Les administrations publiques qui investissent dans les CAT bénéficieront aussi de retombées, notamment :

  • d’un outil efficace pour renforcer la capacité d’innovation économique d’une région;
  • d’un puissant effet de levier d’une solide assise de R et D déjà créée au moyen du financement public;
  • d’une grande visibilité et de la promotion vigoureuse de leur appui à l’innovation;
  • de la valorisation et du maintien des compétences techniques essentielles à la viabilité économique et à la croissance des entreprises dans leur région.

Paramètres

De façon générale, un CAT sera doté des éléments suivants :

  • une installation comportant un accès sécurisé sur le campus de l’établissement d’accueil;
  • des capacités techniques de base permettant de répondre aux principaux besoins économiques de la région (du matériel d’analyse ou d’essai);
  • une équipe de direction de base (un gestionnaire, un responsable de la commercialisation et un administrateur) appuyée par le CRSNG;
  • des employés contractuels;
  • des étudiants et des professeurs participant à titre d’employés à temps partiel ou de travailleurs invités.

Les CAT seraient un excellent endroit où loger le bureau des conseillers en technologie industrielle du PARI-CNRC ou des agents de développement économique régional.

La valeur de la subvention d’ECAT sera d’au plus 350 000 $ par année; la subvention sera affectée aux dépenses au titre du personnel administratif de base et peut-être d’un ou deux spécialistes techniques. Parmi les autres ressources requises pour assurer le succès des CAT, mentionnons l’appui à la participation de professeurs et d’employés du collège ou de l’université au sein du centre (pour l’allégement de la charge de travail des professeurs) et le financement de l’infrastructure et des appareils s’il y a lieu.

Avec plus de 150 campus collégiaux et 50 universités, tout indique qu’il faudra au moins 200 centres pour assurer un accès efficace à leurs capacités aux 20 000 entreprises actives en R et D au Canada5. Ce nombre de CAT nécessitera environ 90 millions de dollars par année (pour les subventions d’ECAT, le financement de projets connexes et des bourses d’études)6.

Un partenariat axé sur la collaboration

Les CAT aideront l’établissement d’accueil à contribuer au développement économique de leur région. Les secteurs d’intervention des CAT d’une province ou d’une région pourront être définis par les organismes provinciaux et fédéraux ou en collaboration avec eux, et le financement devrait être accordé par voie de concours. Outre l’aide du CRSNG au titre de l’administration de base, certains centres auront besoin d’infrastructure (des appareils, des rénovations et peut-être d’installations). La participation des professeurs serait accrue si on allégeait leur tâche d’enseignement (particulièrement dans les collèges, où la recherche ne constitue généralement pas un élément obligatoire de leurs responsabilités). La Fondation canadienne pour l’innovation (FCI) et les organismes de développement régional pourraient fournir une aide au titre des appareils, tandis que les organismes provinciaux pourraient prendre en charge l’allégement de la tâche d’enseignement des professeurs.

Gouvernance

Les CAT pourraient être des organismes sans but lucratif appartenant à un établissement postsecondaire. Le conseil d’administration de chaque CAT pourrait être composé de représentants des entreprises locales, de l’établissement d’accueil et d’organismes à vocation économique importants dans la région (des organismes de développement économique régional, le PARI‑CNRC et des chambres de commerce). Les centres présenteront aux organismes de financement des rapports sur leurs interactions, leurs résultats et leur activité financière chaque année; les centres seront réévalués tous les cinq ans. Les CAT peuvent également être créés en tant que départements spécialisés d’un collège qui devraient être dotés d’un comité consultatif composé de membres internes et externes.

Indicateurs

Les CAT ont pour objet de renforcer la capacité des entreprises, en particulier dans le secteur des PME, à résoudre les problèmes et à devenir plus productive et innovante en ayant accès à la technologie, à une expertise et à des appareils.

En poursuivant cet objectif, les CAT toucheraient des revenus provenant du secteur privé en plus de recevoir des fonds de fonctionnement de sources publiques. On prévoit que les revenus tirés des services au secteur privé représenteront en moyenne au moins le triple du financement pour le fonctionnement de base dans le cas des centres comptant au moins cinq ans d’expérience. De même, dès la cinquième année, les centres auraient en moyenne un effectif de 10 équivalents temps plein, en incluant les professeurs et les employés (partiellement) libérés de leurs responsabilités au sein de l’établissement.

Différents résultats immédiats montreraient si les CAT réalisent cet objectif, par exemple :

  • le nombre de clients qui utilisent leurs services;
  • le nombre d’emplois créés par les entreprises par suite des services fructueux reçus;
  • la proportion de clients qui reviennent.

Les attentes relatives à la performance varieraient d’un centre à l’autre en fonction de divers facteurs, notamment le secteur privé visé, le nombre d’années d’activité du centre et les possibilités régionales, mais les éléments ci-après indiqueraient le niveau global de l’effet escompté des centres :

Indicateur Cible
Le nombre de clients qui utilisent les services 55 par centre par année
Le nombre d’emplois créés par les entreprises 3 par centre par année
La proportion de clients qui reviennent 40 % des clients ont déjà fait appel à un CAT

On s’attend à ce qu’une période pouvant atteindre cinq ans s’écoule avant qu’un CAT ait des retombées appréciables.

L’expérience du Québec : les centres collégiaux de transfert de technologie

Le Québec a mis en place un réseau de 41 centres collégiaux de transfert de technologie (CCTT) sur une période de plus de 25 ans, et le gouvernement s’est engagé à porter leur nombre à 45. Le réseau des CCTT joue un rôle primordial dans le système d’innovation de la province. Une récente évaluation7 (2008) portant sur 28 CCTT a permis de recueillir des données convaincantes témoignant de leur efficacité. Différentes constatations sont ressorties de l’évaluation, qui repose sur un sondage mené auprès des clients des CCTT :

  • En moyenne, pour chaque dollar d’aide versé par l’administration provinciale, les CCTT touchent un revenu de 3,30 $ au titre des services aux entreprises; l’effet de levier de l’aide de base varie d’un centre à l’autre, particulièrement en fonction de la vigueur de la région et du secteur ciblé.
  • Dès la fin de leur premier mandat, certains CCTT touchent des revenus au titre des services au secteur privé dépassant 300 % de leur financement de base, tandis que d’autres parviennent à peine à égaler le financement de base – au moment de décider s’il y a lieu de renouveler ou non un CCTT, le gouvernement du Québec prend en compte la vigueur du secteur économique ciblé ainsi que l’importance du centre pour la région.
  • Le nombre médian de partenaires s’établit à 55 par CCTT, tandis que le nombre moyen est d’environ 96.
  • L’effectif des 28 CCTT compte 340 techniciens (main-d’œuvre qualifiée à l’appui des PME).
  • Les entreprises qui collaborent avec les CCTT connaissent beaucoup plus de succès dans leurs projets d’innovation que les autres qui ne collaborent pas avec les CCTT, notamment au chapitre des innovations relatives :
    • aux procédés : le taux de succès est de 79 % comparativement à 43 %;
    • aux produits : le taux de succès est de 69 % comparativement à 48 %;
    • à l’organisation du travail : le taux de succès est de 85 % comparativement à 45 %.
  • Les entreprises ont créé plus de 240 postes par année dans la foulée des projets mis en œuvre en collaboration avec les CCTT.
  • On note que 68 % des clients des CCTT sont des PME (moins de 250 employés).
  • Les clients se sont déclarés très satisfaits des CCTT pour pratiquement tous les indicateurs.
  • Les fonds de fonctionnement reçus par les CCTT, qui se chiffrent à 446 000 $ par année en moyenne, proviennent de deux ministères provinciaux (ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport et ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation).
  • Les CCTT ont aussi été en mesure d’obtenir du financement des administrations provinciales et fédérale ainsi que de la Fondation canadienne pour l’innovation au titre des appareils et de l’infrastructure. En 2006, ils ont ainsi touché environ 0,5 million de dollars par centre.
  • La moitié des clients sont établis dans un rayon de 100 km du CCTT.
  • Soixante-deux pour cent des clients des CCTT sont des entreprises de fabrication.
  • En moyenne, 55 étudiants sont formés chaque année par un CCTT et 3 professeurs (équivalents temps plein) participent aux projets de recherche appliquée.
  • En moyenne, le personnel technique des CCTT se chiffre à environ 11 équivalents temps plein.
  • Les CCTT créent de façon efficace des projets grâce auxquels les clients ont accès à l’expertise des collèges.

Foire aux questions

  1. Le Conseil national de recherches Canada (CNRC) compte déjà plusieurs instituts et centres de technologies à la grandeur du pays. En quoi les CAT sont-ils différents?
    Les CAT servent de complément aux instituts et aux centres de technologies du CNRC. (Il s’agit d’installations à plus petite échelle d’envergure locale.) Chaque CAT appartient à un établissement postsecondaire local, et le milieu local est très bien représenté au sein de son conseil d’administration. Les instituts du CNRC possèdent des capacités de base en recherche et développement qui se comparent à celles d’autres instituts dans l’arène internationale et ils sont régis par l’organisme central. Ces instituts doivent s’acquitter d’une responsabilité nationale au sein de leur domaine technique ou sectoriel. Chaque institut a généralement un effectif d’au moins 50 employés à temps plein, auxquels s’ajoutent des travailleurs invités (des chercheurs) et des étudiants. Pour leur part, les quatre centres de technologies du CNRC peuvent compter sur un effectif appréciable et de solides capacités techniques (dans les domaines de l’hydraulique, du transport, de l’aérospatiale et des composites). Les CAT disposeront de ressources de base plus modestes et s’attachent davantage à appuyer la R et D menée par les PME locales dans un secteur d’intervention donné.

  2. Le gouvernement a récemment créé plusieurs centres d’excellence en commercialisation et en recherche (CECR). En quoi sont-ils différents?
    Les paramètres relatifs aux CECR financés en vertu du programme mettent l’accent sur la commercialisation de la technologie. De façon générale, ces centres s’efforcent de mettre au point des produits viables sur le plan commercial et parfois de créer des entreprises à partir d’idées issues de la recherche universitaire (p. ex., le Centre de chimie verte). Il s’agit alors de propositions entraînant des retombées et des risques plus élevés que les innovations progressives ciblées par les CAT. Les CAT s’attachent à régler les problèmes des clients en mettant à profit les capacités à leur disposition.

  3. Les CAT sont-ils en concurrence avec les consultants et les entreprises qui offrent des services dans le secteur privé?
    Non. Les CAT ont un rôle important à jouer en aiguillant les clients vers des organismes du secteur privé qui fournissent des services d’aide à l’innovation. Dans les cas où les entreprises ne peuvent pas fournir le service requis, les CAT peuvent combler cette lacune. Ils peuvent aussi faire intervenir des consultants et des fournisseurs de services dans le cadre des projets de technologie. L’expérience québécoise des centres collégiaux de transfert de technologie (CCTT) montre que les clients de ces centres n’ont pas les ressources voulues pour avoir accès aux services commerciaux.

  4. Le Québec compte un grand nombre de CCTT. En quoi sont-ils différents?
    Les nouveaux CAT s’inspirent en grande partie du réseau des CCTT qui a permis de renforcer la capacité d’innovation dans les nombreuses régions fort différentes du Québec. Les premiers CCTT ont été lancés en 1985, et on en compte maintenant 41 à l’échelle de la province. Mentionnons à titre d’exemple deux centres consacrés respectivement au soudage laser (La Pocatière) et aux textiles (Saint-Hyacinthe). Une approche similaire a été adoptée en Europe. (La France s’est dotée d’un réseau d’environ 200 centres d’innovation et de transfert technologique).

  5. Pourquoi avons-nous besoin des CAT? Les universités et les collèges ne peuvent-ils pas répondre aux mêmes besoins?
    Les universités et les collèges ont mis en place des structures et des politiques pour former avec efficacité la main-d’œuvre de demain et créer des connaissances nouvelles. Des dizaines d’années (peut-être des siècles) d’expérience ont montré que les universités résistent aux changements qui les détourneraient de leur mandat. La plupart des pays industrialisés disposent d’une infrastructure propre à soutenir l’innovation économique aménagée à l’extérieur des universités et des collèges mais associée avec ces établissements (p. ex., l’Allemagne et la France).

  6. Si j’ai bien compris, le CRSNG a simplement l’intention de financer environ trois postes au sein de chaque CAT. Qui fournira les fonds nécessaires pour l’infrastructure, la maintenance, l’allégement de la charge de travail des professeurs et le fonctionnement?
    Les CAT devraient être en grande partie autonomes grâce aux revenus tirés des services aux clients. Le collège d’accueil d’un CAT pourra toutefois présenter une demande de subvention de recherche et développement appliquée (RDA) au Programme d’innovation dans les collèges et la communauté (ICC). En outre, le collège d’accueil pourra embaucher des étudiants titulaires d’une bourse axées sur l’industrie pour travailler à des projets de recherche ou de développement bien définis. En collaboration avec les administrations provinciales, ils pourraient alléger la charge de travail des professeurs (particulièrement dans les collèges). Le financement des appareils et de l’infrastructure pourrait être fourni par des organismes régionaux, l’administration provinciale ou d’autres organismes gouvernementaux (p. ex., la Fondation canadienne pour l’innovation). C’est ce qui ressort de l’expérience des CCTT au Québec.

  7. En quoi les subventions d’établissement de centres d’accès à la technologie (ECAT) diffèrent-elles des subventions de renforcement de l’innovation (RI)?
    La majorité des interactions des CAT avec les entreprises seront probablement axées sur des services techniques (45 %) et des projets de recherche appliquée (40 %). En revanche, les subventions de RI permettent aux collèges d’acquérir un niveau de compétence élevé en recherche appliquée dans un domaine et d’en faire la démonstration. Les subventions de RI (2,3 millions de dollars sur cinq ans) sont principalement affectées aux dépenses inhérentes aux projets, mais les bénéficiaires peuvent consacrer jusqu’à 20 % des fonds à des éléments tels que les coûts d’administration ou le marketing. 

  8. Les CAT peuvent-ils présenter une demande au Programme de subventions d’innovation dans les collèges et la communauté (ICC)?
    Les CAT peuvent fournir des services pour les projets financés par une subvention du Programme d’ICC détenue par leur établissement d’accueil.

  9. Un établissement pourrait-il avoir plus d’un CAT affilié?
    Oui. Comme les CAT ciblent un secteur d’intervention en particulier, il serait très logique d’avoir plus d’un CAT consacré chacun à un secteur d’activité distinct du secteur privé (p. ex., la bioénergie et la minéralurgie).

  10. Combien de CAT envisage-t-on de créer?
    Le Canada compte environ 150 collèges (dont 63 sont actuellement admissibles à gérer les fonds du CRSNG). Certains collèges possèdent plusieurs campus. En toute logique, on peut s’attendre à ce qu’environ 200 CAT soient en mesure de renforcer considérablement l’accès des PME aux capacités formidables des établissements postsecondaires au Canada. Avec un objectif de 55 clients par année, 200 CAT viendraient en aide à quelque 10 000 entreprises (sur environ 20 000 entreprises actives en R et D chaque année). Le document de discussion fait état d’un déploiement échelonné sur cinq ans, mais une approche plus graduelle est aussi possible.

  11. Pourquoi le CRSNG est-il l’organisme responsable de l’initiative? 
    Cette initiative répond à un urgent besoin mis en évidence au cours de l’élaboration de la Stratégie en matière de partenariats et d’innovation du CRSNG8. Elle repose sur l’expérience acquise par le CRSNG en ce qui concerne la capacité des collèges à appuyer l’innovation économique en vertu du Programme d’innovation dans les collèges et la communauté. D’autres organismes ont récemment proposé des initiatives similaires (Polytechnics Canada et l’Association des collèges communautaires du Canada). La participation d’autres organismes gouvernementaux est importante :
    • les organismes provinciaux et régionaux pour définir les secteurs d’intervention nécessaires;
    • les administrations provinciales pour alléger la charge de travail des professeurs;
    • la Fondation canadienne pour l’innovation, les organismes régionaux ou les administrations provinciales pour financer l’infrastructure et les appareils;
    • le Programme d’aide à la recherche industrielle du Conseil national de recherches Canada pour loger le bureau des conseillers en technologie industrielle au même endroit que les CAT s’il y a lieu.

  12. Compte tenu de la participation du CRSNG, est-ce que les CAT dont le mandat ne relève pas des sciences naturelles et du génie seront exclus?
    Les grands secteurs d’intervention des centres, qui seront définis en collaboration avec les organismes gouvernementaux partenaires, pourraient couvrir l’activité économique dans son ensemble au Canada. La participation d’autres organismes subventionnaires permettrait peut-être d’appuyer les CAT dans un éventail de domaines encore plus large. Signalons que 62 % des CCTT du Québec sont centrés sur le secteur de la fabrication et environ le tiers, sur celui de l’exploitation des ressources (p. ex., les mines, les forêts et les pêches). Il y a donc lieu de croire qu’un nombre appréciable de CAT se tourneront naturellement vers les sciences naturelles et le génie.

  13. Les CCTT ont démontré que le concept convient naturellement aux collèges. D’ailleurs, on s’attend à ce que qu’une grande majorité des CAT soient mis sur pied dans un collège d’accueil. Les universités souhaitent-elles vraiment se doter de centres affiliés qui fournissent des services techniques et mènent des projets de recherche appliquée en collaboration avec les entreprises locales?
    En un mot, oui. Certaines universités pourraient être intéressées. Les établissements universitaires exercent un large éventail d’activités, depuis l’exploration purement fondamentale jusqu’aux services de consultation très appliquée. Elles constatent de plus en plus que la recherche coopérative à long terme ouvre des possibilités formidables. Dans les réunions régionales portant sur la Stratégie en matière de partenariats et d’innovation, des professeurs ont signalé que les entreprises s’adressent souvent aux universités pour avoir accès à leurs installations et qu’elles s’adressent à nouveau à elles pour avoir accès à leur expertise et parfois encore pour établir une collaboration à long terme.

  14. Les CAT sont-ils orientés vers la commercialisation de la technologie (des établissements)?
    Les CAT ont pour objet de répondre aux besoins des entreprises en matière d’innovation. D’autres mécanismes (notamment les centres d’excellence en commercialisation et en recherche ainsi que les incubateurs de technologie) ont pour mandat d’aider les établissements et les autres organisations qui souhaitent commercialiser une technologie prometteuse. Les CAT peuvent fournir aux entreprises subventionnées des services techniques jumelées à des activités de développement de technologie.

  15. Avec un financement qui permettrait de prendre en charge les dépenses liées à environ trois employés, comment les CAT pourraient-ils embaucher le personnel nécessaire pour offrir des services aux PME?
    Les CAT obtiennent la plus grande partie de leurs fonds de fonctionnement grâce aux revenus tirés des services aux clients. Ils pourraient ainsi financer le reste de l’effectif.

1 La plupart des concepts de base présentés ici sont tirés des commentaires formulés par les représentants de l’industrie, du milieu universitaire et du secteur public dans le cadre des réunions régionales portant sur la Stratégie en matière de partenariats et d’innovation (35 réunions auxquelles 400 personnes ont participé). La Stratégie en matière de partenariats et d’innovation peut être consultée à http://nsercpartnerships.ca/_docs/SPI_f.pdf.

2 Les collèges reçoivent environ 3,0 % du budget actuel du CRSNG, tandis que les universités et les étudiants universitaires reçoivent 93 % du budget actuel du CRSNG sous forme de subventions et de bourses.

3 Correspondance personnelle avec Ron Freedman, Impact Group, novembre 2009.

4 PARI-CNRC = Programme d'aide à la recherche industrielle du Conseil national de recherches Canada

5 Pour aider à déterminer le nombre de CAT nécessaires, mentionnons que le Québec avait 20,5 % de financement du CRSNG et 41 centres collégiaux de transfert de technologie (CCTT) en 2008-2009. On peut en déduire qu’il faudrait environ 200 CAT. Par ailleurs, comme les CCTT viennent en aide à 100 clients par année en moyenne, un réseau de 200 CAT pourrait probablement fournir les services à la majorité des 20 000 entreprises actives en R et D au Canada.

6 Le concept a fait ses preuves au Québec, mais il serait prudent d’adopter une approche graduelle pour le déploiement du réseau à la grandeur du Canada.

7 Rapport d’évaluation de la performance du dispositif des centres collégiaux des transferts de technologie (CCTT), avril 2008 (ISBN électronique 978-2-550-53460-0).

8 Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada. Stratégie en matière de partenariats et d’innovation.

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